Arnaque à la voix clonée : comment ne pas se faire piéger
Quelques secondes de votre voix suffisent pour la copier. Des escrocs s’en servent déjà pour se faire passer pour un proche en détresse. La parade est simple, à condition de la préparer à l’avance.
En 2023, en Arizona, Jennifer DeStefano reçoit un appel. Au bout du fil, la voix de sa fille de 15 ans, en pleurs. Puis un inconnu, qui prétend la retenir et réclame une rançon. Jennifer reconnaît la voix de sa fille sans l’ombre d’un doute. Pourtant, sa fille était en sécurité, avec son père. Il lui faudra quelques minutes pour le vérifier. La voix avait été imitée par une IA. En juin 2023, cette mère est venue raconter son histoire devant une commission du Sénat américain.
Comment c’est possible
Pour copier une voix, il n’y a plus besoin d’un studio ni d’heures d’enregistrement. Des logiciels accessibles à tous y parviennent à partir de quelques secondes ou de quelques minutes d’audio. Et les vidéos que nous publions sur les réseaux sociaux en fournissent largement assez.
Le résultat est assez bon pour tromper un pays entier. En janvier 2024, des électeurs du New Hampshire ont reçu un appel de « Joe Biden » leur conseillant de ne pas aller voter à la primaire. La voix avait été générée par une IA. Si l’on peut imiter un président des États-Unis, on peut imiter votre fils.
Le scénario est toujours le même
Aux États-Unis, l’agence de protection des consommateurs (la FTC) a alerté sur ce type d’arnaque dès mars 2023. Le scénario varie peu :
- Une urgence : un accident, une arrestation, un enlèvement.
- Une émotion forte : des pleurs, de la panique, pour vous empêcher de réfléchir.
- Un secret : « ne dis rien à papa », « ne préviens personne ».
- Un paiement immédiat, par un moyen difficile à récupérer : virement, cartes cadeaux, cryptomonnaies.
Les quatre réflexes à adopter
- Raccrochez et rappelez. Rappelez la personne sur le numéro que vous utilisez d’habitude, pas sur celui qui vient de vous appeler. C’est la parade la plus simple, et la plus efficace.
- Convenez d’un mot de passe familial. Choisissez avec vos proches un mot ou une question que personne d’autre ne connaît, et qu’on ne peut pas trouver sur vos réseaux sociaux. En cas d’appel suspect, demandez-le. Une IA peut imiter une voix, pas un secret qu’elle n’a jamais entendu.
- Ne payez jamais dans l’urgence. Un vrai proche en difficulté comprendra que vous preniez cinq minutes pour vérifier. Un escroc, beaucoup moins.
- Prévenez votre entourage, en particulier les personnes âgées, qui sont souvent visées par ces arnaques.
Si vous pensez qu’une vie est réellement en danger, appelez le 17. Si vous avez été victime, prévenez votre banque au plus vite et portez plainte. Le site public cybermalveillance.gouv.fr vous guide dans ces démarches.
Faites le test
Dix textes. Cinq ont été écrits par de grands auteurs, cinq par une IA. Saurez-vous les reconnaître ?
Faire le testSans tomber dans la parano-IA
Faut-il pour autant soupçonner chaque appel de sa mère ? Bien sûr que non. C’est tout l’intérêt du mot de passe familial : il permet de vérifier en deux secondes, calmement, au lieu de douter de tout le monde. La méfiance utile, c’est celle qu’on prépare à l’avance. L’autre, celle qui s’installe sans raison, finit par nous rendre fous.
Le livre
Cet article reprend des éléments de ParanoIA – Enquête sur la frontière entre l’humain et la machine, de Nils Rochebar. Deepfakes, romans soupçonnés d’avoir été écrits par une IA, experts dans le déni : le livre raconte comment ce doute est en train de nous rendre un peu fous.
Découvrir le livreSources
- Federal Trade Commission, « Scammers use AI to enhance their family emergency schemes », 20 mars 2023, et page « Family emergency scams » : consumer.ftc.gov
- Témoignage de Jennifer DeStefano devant la commission judiciaire du Sénat des États-Unis, 13 juin 2023 : judiciary.senate.gov
- Appel automatique imitant la voix de Joe Biden avant la primaire du New Hampshire, 21 janvier 2024 ; amende infligée à son commanditaire par la Commission fédérale des communications (FCC), 2024
- Assistance et prévention en sécurité numérique : cybermalveillance.gouv.fr