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Comment savoir si un texte a été écrit par ChatGPT ?

Le tiret long, les mots trop savants, le style trop lisse… Les indices qu’on se répète ne valent pas grand-chose. Voici ce qui marche vraiment, et pourquoi rien ne marchera jamais à 100 %.

Par Nils Rochebar · 21 octobre 2026

Un professeur devant une copie trop propre. Un recruteur devant une lettre de motivation parfaite. Un lecteur devant un roman salué par la critique. Tous se posent la même question : est-ce un humain qui a écrit ça, ou une IA ?

La réponse courte tient en deux phrases. À l’œil nu, la plupart d’entre nous se trompent. Avec les bons outils, on se trompe beaucoup moins, mais jamais à coup sûr.

Les « indices » qu’on se répète ne prouvent rien

Sur les réseaux sociaux, chacun a sa méthode. Le tiret long (—) serait la signature de ChatGPT. Certains mots aussi : « crucial », « fondamental », « il est important de noter ». Sans parler du texte « trop bien écrit pour être humain », ou du message qui se termine par une formule de politesse un peu trop soignée.

Le problème, c’est que tous ces indices se retrouvent aussi sous la plume d’êtres humains. Le tiret long, les typographes l’emploient depuis des siècles. Les formules toutes faites remplissaient les mails professionnels bien avant l’arrivée de l’IA. Et une IA peut écrire sans aucun de ces tics : il suffit de le lui demander.

À force de traquer ces détails, on finit par soupçonner tout le monde. C’est ce que j’appelle la paranoIA : voir de l’IA partout, y compris là où il n’y en a pas.

Les détecteurs : une mauvaise réputation en partie dépassée

Les premiers détecteurs méritaient leur mauvaise réputation. En janvier 2023, OpenAI, l’entreprise qui a créé ChatGPT, lance son propre outil de détection. Six mois plus tard, elle le retire, faute de fiabilité. Selon ses propres chiffres, il ne repérait qu’un texte d’IA sur quatre. À la même époque, certains détecteurs classaient même la Constitution américaine parmi les textes écrits par une machine.

Depuis, les choses ont beaucoup changé. Les détecteurs récents ne cherchent plus des mots suspects. Ils ont été entraînés à comparer des textes humains avec leur version écrite par une IA, pour repérer les habitudes d’écriture propres aux machines. En 2025, deux économistes de l’université de Chicago, Brian Jabarian et Alex Imas, ont comparé les principaux outils du marché. Le meilleur d’entre eux, Pangram, n’accusait presque jamais un humain à tort, et ne laissait passer que 2 à 4 % des textes écrits par une IA.

Un bon détecteur reste pourtant un indice, pas une preuve. Il se trompe plus facilement sur les textes très courts, ou sur ceux qu’un humain a retravaillés après une IA. Et son verdict est une probabilité. « 87 % de chances d’être artificiel » ne veut pas dire « écrit par une machine ».

Les meilleurs détecteurs ? Ceux qui se servent de l’IA

En 2025, des chercheurs de l’université du Maryland ont demandé à des volontaires de lire 300 articles et de dire, pour chacun, s’il avait été écrit par un humain ou par une IA. Ceux qui n’utilisent jamais l’IA se sont trompés la plupart du temps, tout en étant persuadés d’avoir bien réussi. Ceux qui s’en servent souvent pour écrire ont vu juste presque à chaque fois. Réunis en un petit jury de cinq, ils ne se sont trompés que sur un seul article sur 300.

La leçon est simple. Pour reconnaître l’écriture d’une machine, il faut savoir comment elle écrit. Et pour le savoir, il faut s’en servir.

Faites le test

Dix textes. Cinq ont été écrits par de grands auteurs, cinq par une IA. Saurez-vous les reconnaître ?

Faire le test

Que faire quand on a un doute ?

Tout dépend de ce qui est en jeu.

  • Si l’enjeu est réel (une copie notée, une candidature, un texte publié sous un nom), parlez du texte avec son auteur. Demandez-lui d’expliquer un passage, de justifier un choix, de montrer ses brouillons. Quelqu’un qui a vraiment écrit son texte sait en parler.
  • Vérifiez les faits et les références. Les IA inventent parfois des citations, des chiffres ou des livres qui n’existent pas. Une source introuvable est un signal bien plus sérieux qu’un tiret long.
  • Si vous utilisez un détecteur, choisissez un outil récent, testez des passages assez longs, et prenez le résultat pour ce qu’il est : une estimation.
  • Si l’enjeu est faible, acceptez de ne pas savoir. Un joli message d’anniversaire reste un joli message, même s’il a été écrit avec l’aide d’une IA.

Soupçonner ses proches pour une phrase bien tournée, c’est le premier symptôme de la paranoIA. Pour savoir si vous en êtes atteint, il existe un petit test.

Le livre

Cet article reprend des éléments de ParanoIA – Enquête sur la frontière entre l’humain et la machine, de Nils Rochebar. Deepfakes, romans soupçonnés d’avoir été écrits par une IA, experts dans le déni : le livre raconte comment ce doute est en train de nous rendre un peu fous.

Découvrir le livre

Sources

  • OpenAI, « New AI classifier for indicating AI-written text », note mise à jour le 20 juillet 2023 : openai.com
  • Benj Edwards, « Why AI detectors think the US Constitution was written by AI », Ars Technica, 14 juillet 2023
  • Brian Jabarian et Alex Imas, « Artificial Writing and Automated Detection », National Bureau of Economic Research, 2025 : nber.org
  • Jenna Russell, Marzena Karpinska et Mohit Iyyer, « People who frequently use ChatGPT for writing tasks are accurate and robust detectors of AI-generated text », ACL 2025 : arxiv.org